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Petit plaidoyer contre le "one-shot" en éducation

 

Avant de commencer, il me semble utile de préciser le positionnement de ce plaidoyer : tous les acteurs éducatifs souhaitent faire progresser leurs élèves et s'investissent en ce sens. On pourra évidemment citer quelques exceptions, mais dans la très grande majorité des cas, l'intention de faire progresser les élèves est incontestable. Néanmoins, l'intention n'est pas toujours suffisante pour adopter les stratégies efficaces. Et c'est sur ce point que s'appuie ce plaidoyer pour lutter contre les "one-shot" en éducation.

 

Source : Naval Abboub, "L’effet de spacing ou comment garantir un apprentissage durable", Didask, 27 avril 2022.

Ce plaidoyer provient d'un constat : de nombreuses actions éducatives reposent sur le "one-shot" : une journée de sensibilisation contre le harcèlement scolaire, une journée de sensibilisation sur la laïcité, une journée de sensibilisation contre le gaspillage alimentaire, une journée de sensibilisation sur les méthodes d'apprentissage efficaces, etc. Force est de constater que les élèves apprécient et adhèrent à ces "one-shot", mais n'en retiennent que peu de choses. Ces actions demeurent des sensibilisations et ne s'ancrent pas dans le quotidien des élèves. Le plus souvent, elles "prêchent les convertis", mais ne parviennent pas à résorber les comportements visés, qu'ils soient sociaux ou scolaires.

 

C'est un réel paradoxe : alors que les apprentissages reposent sur la répétition, sur le fait de revoir encore et encore des savoir-faire, des savoir-être et des savoirs, les "one-shot" se multiplient. Alors même que les apprentissages reposent sur l'idée de parcours, ceux-ci peinent à réellement exister.

 

Les acteurs éducatifs sont, en effet, poussés à multiplier les actions ponctuelles, par le biais d'un calendrier institutionnel très chargé, sans nécessairement avoir le temps (ou les soutiens hiérarchiques) pour mettre en place des parcours. L'un des leviers est le pilotage des établissements : celui-ci peut réellement agir pour permettre à l'ensemble de la communauté éducative de construire des parcours sur l'ensemble de la scolarité, qui permettraient aux élèves de s'approprier efficacement et durablement des compétences (scolaires et/ou sociales) que l'on tente de distiller par des actions de sensibilisation sans efficacité dans le long terme.

 

Apprendre et accepter d'évaluer les dispositifs mis en place (quels apports concrets pour les élèves après telle action un mois plus tard ?) est un autre levier pour apporter les remédiations nécessaires à ce qui est déjà mis en place. Il ne s'agit pas de tout jeter, mais d'apprendre à inscrire les nombreuses actions mises en place dans une durée qui reposent davantage sur la réalité des apprentissages, en construisant des parcours qui permettent d'ancrer les compétences visées dans le quotidien.

 

Cela ne signifie nullement qu'il faut abandonner ces actions de sensibilisation, mais qu'il faut leur donner du sens dans le long terme, ne pas les penser comme un tout mais comme une introduction à une action pérenne sur le principe d'un parcours, avec des mises en situation, des déploiements d'outils, des projets, etc. par-delà le temps "médiatique" de la journée d'action ou de la visite d'un partenaire. Ce n'est qu'ainsi qu'on passe de la sensibilisation à l'éducation.

 

Ce constat posé, à nous de construire, ensemble, à l'échelle des établissements et des réseaux locaux, des parcours, en laissant parfois de côté les injonctions des instances institutionnelles loin des réalités des élèves, qui répondent davantage à un calendrier politique qu'à des politiques éducatives efficaces.

 

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