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Le mot du jour : un rituel autour des consignes "décrire" et "expliquer" en géographie

Pour la rentrée de septembre 2022, je prévois la mise en place d'un nouveau rituel autour du vocabulaire de la géographie et des consignes "décrire" et "expliquer" en géographie.

 

Ce rituel part du double constat :

  • les élèves confondent souvent les verbes de consigne "décrire" et "expliquer", malgré la multiplication des exercices dédiés et les remédiations qui en découlent,
  • les élèves font très souvent des réponses très courtes pour ces deux consignes (et tout particulièrement pour la consigne "décrire", qui porte en elle-même la nécessité de détailler).

La précipitation (dans la lecture des consignes et dans la réalisation de la tâche) des élèves peut être une des explications à ce double constat. Néanmoins, elle ne peut être une explication suffisante pour l'ensemble des élèves. Il faudrait également expliquer pourquoi ces élèves se précipitent (s'agit-il toujours d'une volonté de "faire vite" ou plutôt d'une difficulté dans la tâche ?).

 

Il me semble que l'un des aspects explicatifs de ce constat provient davantage dans l'insuffisante connaissance et maîtrise du vocabulaire de la géographie par les élèves. Le vocabulaire de la description des paysages, par exemple, peut être très restreint pour des élèves urbains dont les paysages ruraux ne sont connus que par le biais d'images (photographiques ou télévisuelles notamment), et inversement pour des élèves habitant les espaces ruraux et connaissant peu, voire pas, la très grande ville. La très forte mobilité d'une grande majorité de la population française ne doit pas occulter la très faible mobilité de nombreuses familles, qui se traduit dans les expériences géographiques des élèves. La diversité paysagère dans l'expérience géographique est, en effet, une source d'inégalités entre les élèves.

 

De plus, pour tous les élèves, le vocabulaire de la géographie n'est pas un vocabulaire courant. Si certains termes parcourent le quotidien, ils ne sont pas toujours bien définis, circonscrits, clairs dans l'esprit des élèves (par exemple, le terme de "paysage" est courant, mais poserait des problèmes de définition à de nombreuses personnes si on les interrogeait sur sa signification). D'autres termes sont techniques (par exemple, distinguer la ville-centre, la banlieue, les espaces périurbains relève du regard géographique sur les espaces).

 

Enfin, la distinction entre "décrire" et "expliquer" ne peut seulement passer par des fiches-méthodes et une explication de la définition de chacun de ces verbes de consignes. Pour les élèves, il me semble qu'il y a un gouffre entre le fait de comprendre l'attendu de chacune de ces consignes et le fait de pouvoir réellement répondre à ces attendus : ce gouffre est celui du vocabulaire. À défaut de savoir comment exprimer "ce que je vois" dans un paysage, par manque de vocabulaire mais aussi d'indices pour savoir ce qui doit être vu, l'élève bascule vite dans l'explication, pour répondre "densément" à la consigne (sans forcément ignorer qu'il est déjà "hors" de la consigne).

 

L'idée de ce rituel est donc double (comme le constat) :

  • objectif n°1 : accoutumer les élèves au vocabulaire de la géographie, par un rituel associant les mots à leurs définitions,
  • objectif n°2 : permettre aux élèves d'associer ce vocabulaire à l'une des consignes "décrire" ou "expliquer".

 

À chaque début de cours de géographie (environ 50 à 60 séances dans une année scolaire au collège), un élève choisit l'une des enveloppes qui contiennent chacune une carte-définition (un mot/expression, sa définition, et son pictogramme). Après avoir proposé son avis et consulté l'avis de la classe, l'élève doit aller positionner sa carte sur le panneau "pratiquer le langage géographique" de la classe. Trois possibilités : mettre la carte dans la partie "décrire", mettre la carte dans la partie "expliquer", ou demander un deuxième exemplaire de la carte pour la mettre dans les deux parties du panneau. Les élèves doivent argumenter leur positionnement.

 

L'idée n'est pas de restreindre tel mot ou telle expression à telle consigne ! Il s'agit d'amener les élèves à repérer, dans le vocabulaire de la géographie, ce qui relève de la description du paysage, du patrimoine, du milieu. Il s'agit surtout de les amener à s'accoutumer à l'emploi de ce vocabulaire pour rédiger leurs réponses. Enfin, il s'agit de les faire discuter régulièrement sur la distinction entre "décrire" et "expliquer", afin qu'ils se l'approprient davantage. Par exemple, un adjectif tel que "attractif" ou "répulsif" relève de l'explication, avec les connaissances de l'élève, des dynamiques d'un espace, et non de la description du paysage que l'élève observe sur une photographie.

 

Au-delà de permettre aux élèves de répondre de manière efficace (c'est-à-dire correspondant aux attendus) lors d'un examen tel que le D.N.B., la distinction "décrire" et "expliquer" permet surtout aux élèves de cycle 4 de commencer à apprendre à organiser leurs réponses longues (je décris l'exemple, puis j'explique l'exemple). Ainsi, il semblait important de mettre en place un rituel qui permette aux élèves de s'accoutumer avec cette organisation de la pensée.

 

 

Schéma du cheminement de pensée pour la conception du rituel de géographie "Le mot du jour"

Extraits des cartes-définitions à "piocher" par les élèves lors du rituel "Le mot du jour en géographie"

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