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Penser la guerre par la géographie (2) : les massacres de masse comme politiques coercitives du peuplement

 

Après une première fiche sur l'anéantissement de la ville dans la guerre, voici une nouvelle fiche sur la manière dont la géographie s'empare de la guerre, en complémentarité avec d'autres disciplines (telles que l'histoire, la science politique, la sociologie, l'anthropologie, les relations internationales, mais aussi le droit).

 

Pour catégoriser les différents massacres de masse, le droit a ainsi un rôle primordial. En effet, le droit définit avec précision les termes employés et en dessine certains contours. Par exemple, l'expression "crimes de masse" a des origines juridiques (voir à ce propos : POLH, Dieter, 2016, "Crimes de masse", Mass Violence & Résistance, 16 février 2016).

 

Néanmoins, l'approche juridique n'est pas suffisante, d'autant qu'elle a une temporalité assez longue pour pouvoir caractériser les guerres et les intentionnalités de leurs acteurs.

 

L'approche géographie apporte des éclairages importants, comme le montrent les travaux sur les politiques coercitives de peuplement (à ce propos, voir notamment : ROSIÈRE, Stéphane, 2007, "La modification coercitive du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°2007/1, pp. 7-26) auxquels participent les massacres de masse.

 

"On peut considérer que la transformation du peuplement relève de six types fondamentaux de politiques (fig. 1). Tout d'abord, la colonisation par laquelle on implante de nouveaux habitants ; la ségrégation par laquelle on impose une résidence spatialement définie et une séparation physique ; l'expulsion par laquelle on chasse tout ou partie des habitants d'un territoire donné en générant des « déplacés » ou des « réfugiés » suivant la nomenclature du Droit international humanitaire ; le refoulement par lequel on interdit l'entrée dans un territoire, et l'extermination par laquelle on élimine tout ou partie d'une population donnée. Toute modification coercitive du peuplement peut être rattachée à l'un de ces types discernables à des échelles variables." (ROSIÈRE, Stéphane, 2007, "La modification coercitive du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°2007/1, p. 9).

 

Source : ROSIÈRE, Stéphane, 2007, "La modification coercitive du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°2007/1, p. 10.
Source : ROSIÈRE, Stéphane, 2007, "La modification coercitive du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°2007/1, p. 10.

 

 

C'est par cette approche des facteurs politiques du peuplement que l'on peut proposer une distinction par l'espace entre le génocide (qui vise l'anéantissement du groupe ciblé quelque soit son lieu de vie, donc de manière indépendante du territoire, le massacre de masse étant alors à la fois le moyen et la finalité) et le "nettoyage" ethnique ou plus précisément - même si l'expression est moins médiatique - le "nettoyage territorial" (qui vise la "purification" du territoire de sorte que le groupe visé n'y revienne jamais, le massacre de masse étant alors un moyen).

 

Les massacres de masse par Benedicte Tratnjek

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