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Les missions des coordo R.E.P. (0) : Une mission méconnue et profondément disparate

"Créée en 1990, la fonction de coordonnateur ZEP a connu bien des reconfigurations dans les prescriptions au fil des différentes relances et réformes de l'Éducation prioritaire. Le coordonateur transformé en "secrétaire du comité exécutif" lors de la relance de 2006, grand absent des textes mettant en place les ECLAIR en 2011, il est censé reprendre toute sa place avec la refondation de l'Éducation prioritaire." (dossier "Coordonnateurs de Réseau d'éducation prioritaire", Centre Alain Savary / Institut français de l'éducation, article "Coordonnateurs REP, présentation des résultats de l'enquête", 29 juin 2016).

 

 

Cette accroche du Centre Alain Savary me semble bien résumer cette mission de coordonnateur de réseau d'éducation prioritaire. Le flou quant à la mission vient de plusieurs blocages :

  • La mission est déterminée par une lettre de mission, outil qui est généralement très flou (termes vagues et englobants qui permettent de tout mettre dans la mission en fonction de l'interprétation qu'on fait de ces termes), quand les concernés arrivent à en obtenir une ! Selon les pilotes, la lettre de mission existe ou non, est cadrée ou très vague, permet tout et n'importe quoi ou pose un vrai cadre. Ce cadre est, de fait, très variable d'un réseau à l'autre, mais aussi très variable dans le temps au sein d'un même réseau.
  • Les coordonnateurs R.E.P. disposent de temps consacrés à leur mission très variables. Bien qu'il soit souvent écrit que ce temps est attribué "en fonction de la taille du réseau", ce n'est absolument pas le cas dans les faits. Par exemple, sur l'académie de Grenoble, le réseau d'éducation prioritaire Annemasse 1 (qui me concerne directement) est le plus gros en effectifs d'après les chiffres de l'académie elle-même. Pourtant, je ne dispose que d'une décharge à 9h, quand d'autres réseaux ont une décharge à temps plein voire plus. Cela ne permet pas du tout les mêmes projets : avoir une décharge à temps plein permet de disposer de deux coordo détachés à mi-temps, l'un issu du premier degré et l'autre du second degré. Le fonctionnement en réseau serait bien plus concret et abouti. Dans d'autres académies encore, les coordo R.E.P. correspondent à des postes à profil, ce qui garantit que tout le temps est consacré à cette mission (par exemple, l'académie de Paris). Derrière des principes généraux, existent des réalités fort différentes et très inégalitaires dans le temps pouvant être réellement consacré à la mission.
  • L'efficacité de la mission dépend très fortement du pilotage du réseau d'éducation prioritaire : les coordonnateurs R.E.P. peuvent s'épuiser à la mise en place de dispositifs, leur évaluation, la production de ressources pour le fonctionnement de ces ressources, la communication auprès des personnels concernés pour convaincre et permettre le fonctionnement des dispositifs, la conception de formations internes au réseau pour permettre aux dispositifs d'être efficaces, etc. Néanmoins, sans soutien réel, concret, qui dépasse l'engagement formel, des pilotes, toutes les actions du coordonnateur seront davantage des épées dans l'eau, car il n'a pas de pouvoir de décision. Or, le pilotage en réseau reste souvent une annonce, mais, comme le souligne en 2018 le Centre Alain Savary (dossier "Piloter un Réseau d'Éducation prioritaire", dossier du Centre Alain Savary / Institut français de l'éducation, article "Piloter un Réseau d’Éducation Prioritaire au service de la réussite de tous les élèves ? Pas si simple… ", 16 janvier 2018, modifié le 5 juin 2018), il n'est pas aisé de le faire réellement exister. Force est de constater que l'investissement des pilotes dans le réseau est inégal, pour des raisons très variées qui relèvent tout autant des contextes locaux que des individus eux-mêmes (taille du réseau, effets d'enjeux personnels de carrière, turn over des pilotes, effets des convictions personnelles, soutien des instances académiques, etc.). L'existence du réseau est souvent vécue, par les pilotes, comme une strate supplémentaire : sans nier l'importance et l'opérabilité à faire vivre le réseau, les pilotes le délaissent très rapidement pour se centrer soit pour des urgences du quotidien (à l'échelle de leur part du réseau), soit, malheureusement, pour des dispositifs plus visibles et lisibles (mais pas nécessairement plus efficaces). Ce pilotage sans le réseau a des effets très délétères dans la mission des coordonnateurs R.E.P., à qui l'on va demander sans cesse de passer d'un projet à l'autre, d'un dispositif à l'autre, d'un effet d'annonce (voire de mode !) à l'autre, sans continuité, sans évaluation, sans remédiation sur les dispositifs mis en place. L'épuisement des coordonnateurs R.E.P. est ainsi très palpable dans certains réseaux, et questionne la manière dont le réseau est piloté, car le coordonnateur peut s'épuiser, il ne peut décider (et par exemple, des dispositifs restent prêts à être lancés / évalués / remédiés sans que les pilotes ne s'y intéressent, toute l'énergie du coordonnateur restant vaine).

 

Ces constats ont pour objectif de faire remarquer que les prochains billets n'auront certainement pas pour objectif de fixer le cadre de la mission de coordo R.E.P., mais de témoigner dans un cadre très contextualisé : celui du réseau d'éducation prioritaire Annemasse 1 depuis septembre 2020, piloté et (très bien) accompagné par le C.A.R.E.C. de l'académie de Grenoble. Il ne s'agit pas de déterminer ce qui doit être fait dans un réseau d'éducation prioritaire en tant que coordonnateurs R.E.P., mais d'ouvrir le champ des possibles en témoignant de ce qui est fait, des difficultés, des remédiations, des avancées effectuées.

 

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